paysages et identitÉs


La grande richesse du Pays Monts et Barrages est la variété de ses paysages, à l'évolution subtile mais néanmoins marquée entre l'ouest (secteur de Saint-Léonard-de-Noblat) et l'est de son territoire (montagne limousine du côté d'Eymoutiers). Des espaces naturels d'une qualité exceptionnelle y ont trouvé leur place : tourbières, landes, chaos rocheux, arbres remarquables mais aussi jardins paysagers...

Au-delà de cette identité paysagère, une identité sociale forte subsiste aujourd'hui : ce territoire est une "terre rouge", politiquement ancrée à gauche. Pour autant, des pratiques dévotes y persistent comme les Ostensions septennales limousines ou encore la pratique du pèlerinage sur l'un des Chemins touristiques menant à Saint-Jacques-de-Compostelle en passant par Saint-Léonard-de-Noblat et sa collégiale inscrite au Patrimoine mondiale de l'Humanité par l'UNESCO.

Les deux guerres mondiales ont aussi profondément marqué le territoire et son paysage. La Première guerre mondiale par son ampleur, touchant toutes les familles et tous les milieux, a laissé sa trace avec un important patrimoine mémoriel comme les monuments aux morts peuplant aujourd'hui chaque commune. La Deuxième Guerre mondiale a généré ici une Résistance farouche, notamment autour du Mont Gargan avec le Colonel Georges Guingouin, donnant ensuite naissance à une mémoire toujours très vive.


Evolution des paysages

La construction des grands barrages

La grande modification des paysages du Pays Monts et Barrages a été la construction de 9 grands barrages, créant des lacs de barrage destinés au fonctionnement d'usines hydroélectriques ou à un usage touristique :

  • Un sur le Taurion : barrage de Saint-Marc (commune de Saint-Martin-Terressus) ;
  • Un sur la Vienne : barrage de Bussy (commune d'Eymoutiers) ;
  • Sept sur la Maulde : barrage de l'Artige (commune de Saint-Denis-des-Murs), barrage de Villejoubert (communes de Saint-Denis-des-Murs / Champnétery), barrage de Langleret (commune de Bujaleuf), barrage de Bujaleuf, barrage de Fleix (commune de Bujaleuf), barrage du Martineix (communes de Bujaleuf / Saint-Julien-le-Petit), barrage du Mont Laron (Saint-Julien-le-Petit).

Le barrage de Vassivière, le plus connu, se trouve en-dehors du Pays Monts et Barrages, côté Creuse. Il a créé le Lac de Vassivière, qui couvre une superficie de près de 1000 ha. Lors de sa mise en eau en 1952, 8 villages furent engloutis par ses eaux.

Les progrès de la forêt

Au milieu du XIXe siècle, la forêt occupait à peine 10% de la superficie régionale, en lien avec les défrichements nécessaires à l'agriculture. Au XXe siècle, l'exode rural, associé à une politique de reboisement, transforme le Limousin en une région forestière, en particulier sur la montagne limousine (secteur d'Eymoutiers). La forêt regagne du terrain, naturellement au détriment des landes abandonnées par l'agriculture pastorale traditionnelle, mais aussi artificiellement avec les plantations de résineux destinées à la production.

Aujourd'hui, la forêt couvre plus de 30% du Pays Monts et Barrages, soit 30 000 ha dont deux tiers de feuillus (chêne, hêtre, châtaignier) et un tiers de résineux (essentiellement du douglas).

Espaces naturels

Tourbières

Une tourbière est une zone humide d'eau stagnante où s'accumule de la matière organique végétale (la tourbe) en strates de plus en plus épaisses, mais très lentement, à raison d'un millimètre par an !

L'est du Pays Monts et Barrages est propice à la formation de tourbières (pluviométrie importante ; relief facilitant l'accumulation de cette eau dans les alvéoles, ces cuvettes granitiques à fond plat de la montagne limousine ; climat froid ; roche imperméable empêchant les infiltrations). De beaux exemples sont visibles à Beaumont-du-Lac (tourbière de la route élevée), géré par le Conservatoire d'Espaces Naturels du Limousin, et sur la commune de Peyrat-le-Château (tourbières du Bois de Crosas et de Quenouille).

Landes

La lande est une formation végétale basse, où la végétation dépasse rarement le stade d'arbuste, composée de bruyères, genêts, sur des milieux pauvres et souvent acides, donc non cultivés.

Ce milieu était très important dans l'économie rurale traditionnelle : on faisait paître sur ces terres pauvres les troupeaux de brebis, qui entretenaient ce milieu ouvert. Depuis l'abandon de cette pratique, liée à la révolution des usages agraires, les landes tendent à disparaître, les arbres y gagnant du terrain jusqu'à former de véritables forêts.

Quelques reliques de landes existent sur le Pays Monts et Barrages :

  • Des landes sèches sur les hauteurs, notamment au Mont Gargan (commune de Saint-Gilles-les-Forêts), où elle forme l'été un vaste tapis mauve créé par la bruyère cendrée ; ce lieu emblématique du territoire est le seul site classé du Pays Monts et Barrages. D'autres landes sèches sont visibles au Puy-la-Besse (Peyrat-le-Château), site géré par le Conservatoire d'Espaces Naturels du Limousin.
  • Des landes humides dans les fonds de vallée, comme à Brénac (Eymoutiers).

Forêts et arbres remarquables

La seule forêt ancienne du territoire est la forêt de Châteauneuf, datant du Moyen Âge.

Du côté de Sauviat-sur-Vige, la forêt d'Epagne est un site Natura 2000 d'exception : sur 80 ha, elle abrite de nombreuses espèces protégées, dont la parisette à quatre feuilles et l'ail des ours.

Quelques arbres isolés sont remarquables à l'échelle du territoire, comme l'Arbre aux poules à Peyrat-le-Château (chêne pédonculé).

Au Mont Gargan (commune de Saint-Gilles-les-Forêts), des hêtres centenaires forment une allée menant au sommet du site et à sa chapelle ruinée. Ces arbres sont contemporains de la création de cette dernière, fin XIXe siècle, par l'abbé Joyeux.

Chaos rocheux

Il s'agit de paysages constitués de blocs rocheux dégagés par l'érosion, souvent spectaculaires.

Sur le territoire, le plus bel exemple est sans doute le site des Rochers de Négremont (Rempnat), où un chaos granitique occupe la vallée de la Vienne. A Peyrat, les Roches Brunagères sont au contraire sur une hauteur. Un autre chaos existe au Puy des Roches (Cheissoux).

Jardins

Certains jardins peuvent constituer de véritables parcs paysagers.

  • Le parc Jane Limousin à Châteauneuf-la-Forêt, aujourd'hui public, a été réalisé dans les années 1930 sous la conception de la propriétaire du domaine, Jane Degrassat épouse Limousin. Il est composé de deux parties : un arboretum regroupant des arbres d'essences rares venant du monde entier, et un jardin à la française, à la symétrie caractéristique.
  • A Rempnat, les jardins de Mas Maury (lieu-dit Mas Maury Haut) sont privés mais ouverts lors de la période estivale. Autour d'un petit manoir du XIXe siècle, des jardins de styles différents s'unissent dans un parc de 7 ha. S'y mêlent parterres de fleurs, rosiers, topiaires, charmilles, jardin aromatique, zone forestière, bassins et jeux d'eau, grands arbres... Le clou du spectacle est le théâtre de verdure en gradins, accueillant un ancien potager et ouvrant sur un somptueux paysage.

Nombre de jardins privés existent aussi autour de châteaux et demeures aristocratiques, comme à Marzac à Saint-Paul.

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Laissez-vous conter les espaces naturels du Pays Monts et Barrages
Livret-découverte sur les espaces naturels du Pays Monts et Barrages, Pays d'art et d'histoire. Géologie, relief, paysages, rivières, faune, flore, étangs, lacs de barrages, tourbières, landes, forêt, jardins et vergers, dispositifs de protection, carte des sites naturels principaux.
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Mutations sociales, politiques et religieuses

Terre "rouge" depuis le XIXe siècle, à l'image du Limousin, le Pays Monts et Barrages fut le berceau du communisme, puis du socialisme, avec des représentants comme Jules Fraisseix à Eymoutiers. Les résultats des élections lui confèrent toujours sa place de "terre de gauche", aussi marquée par l'anticléricalisme.

Il en reste un patrimoine qui n'est pas des plus reconnus : anciennes maisons communes, anciennes écoles séparées de filles et de garçons (comme à Châteauneuf-la-Forêt où celle des filles a conservé son crépis rosé), tombes d'hommes politiques célèbres comme celle de Jules Tourgnol à Saint-Léonard-de-Noblat (ancien maire, fin XIXe - début du XXe siècle), noms de rues ou de places évocateurs tels la Place Stalingrad à Eymoutiers, stèles et monuments commémoratifs d'hommes politiques (Tarrade à Châteauneuf-la-Forêt, Dourdet à Sauviat-sur-Vige...), front antiquisant de l'ancienne mairie de Châteauneuf-la-Forêt...

Ostensions septennales limousines

Pratique religieuse devenue une véritable dévotion populaire, les Ostensions sont une tradition limousine qui consiste à "sortir" les reliques des saints pour les "montrer" (du latin ostensio), tous les 7 ans, dans 20 villes ostensionnaires, principalement limousines. Sur le Pays Monts et Barrages, Eymoutiers et Saint-Léonard-de-Noblat sont concernées. C'est l'occasion d'une vraie fête avec une longue préparation pour décorer la ville de pompons fleuris, et à Saint-Léonard de replacer des portes symboliques à l'emplacement de celles de l'ancien rempart et d'accueillir les délégations d'églises dédiées à saint Léonard venues des paroisses voisines mais aussi de la France entière et même de l'Europe.

Les ostensions septennales limousines ont été inscrites en 2013 par l'UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

Pèlerinages et Chemins de Saint-Jacques de Compostelle en France

Tout le monde connaît le pèlerinage menant à Saint-Jacques de Compostelle, dont l'une des 4 routes touristiques traverse le Pays Monts et Barrages : la via lemovicensis (voie de Vézelay). Celle-ci passe par Saint-Léonard-de-Noblat, dont le sanctuaire était déjà réputé au Moyen Âge comme le plus beau entre Vézelay et Périgueux. Cependant, ce n'est pas pour Saint+Jacques que l'on se pressait au Moyen Âge à Saint-Léonard, mais bien pour le saint ermite Léonard, fondateur légendaire de la ville, venu s'installer, d'après la légende, dans une forêt, avant que sur son tombeau ne s'érige une cité rendue prospère par le culte du saint attirant depuis la fin du XIe siècle des pèlerins venant de l'Europe entière.

La collégiale de Saint-Léonard-de-Noblat est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre des "Chemins de Saint-Jacques de Compostelle en France". Elle s'inscrit ainsi dans le bien 868 (Chemin de Saint-Jacques de Compostelle en France), prenant la forme d'une collection de 71 édifices et de 7 sections de sentier, qui illustrent les itinéraires menant les jacquets vers le Pyrénées, leurs dévotions aux saints, les besoins d'accueil, de soins ou de franchissement le long de leur route. Elle prolonge l'inscription des "Chemins de Saint-Jacques de Compostelle en Espagne", datant de 1993 et 2015.

Plus d'informations sur les Chemins de Saint-Jacques de Compostelle en France : ACIR Compostelle

Première Guerre mondiale (1914-1918)

Même loin du front, le territoire du Pays Monts et Barrages a été profondément marqué par la Première Guerre mondiale.

Pour en marquer le centenaire (2014-2018), le Pays d'art et d'histoire de Monts et Barrages a réalisé une collecte de documents inédits auprès des particuliers, concernant les soldats des 34 communes du territoire. Ce fonds a alimenté une exposition itinérante (jusqu'en 2018), mais aussi des animations (visites-lectures de carnets de soldats inédits lors de l'exposition, ateliers pour le jeune public liés à l'exposition ou sorties pédagogiques à la découverte du patrimoine mémoriel de chaque commune...), publications... L'ensemble du projet a reçu le label de la Mission Centenaire 14-18.

Il reste de cette période un patrimoine mémoriel plus ou moins connu :

  • Monuments aux Morts ;
  • Dans les cimetières : plaques funéraires en porcelaine dédiées aux soldats Morts pour la France ; carrés militaires dans les cimetières d'Eymoutiers et de Saint-Léonard-de-Noblat
  • Anciens hôpitaux militaires : Brignac (commune de Royères), Châteauneuf-la-ForêtEymoutiers, Neuvic-EntierSaint-Léonard-de-Noblat ;
  • Plaques commémoratives dans les églises.

Deuxième Guerre mondiale et Résistance

Le Pays Monts et Barrages fut une haute terre de Résistance durant la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945).

Le secteur du Mont Gargan (commune de Saint-Gilles-les-Forêts) fut le théâtre de nombre d'événements : le colonel Georges Guingouin, célèbre chef des maquisards limousins, était au départ instituteur et secrétaire de la mairie de Saint-Gilles-les-Forêts. Entré en Résistance, il se cacha à Domps, Eymoutiers, puis dans la forêt de Châteauneuf. Il structura un important réseau d'hommes, cachés dans les villages proches du Mont Gargan ou du secteur de la forêt Châteauneuf. Cette dernière abritait plusieurs "caches", planques de maquisards ou d'armes dissimulées dans les bois : l'une d'entre elles a été reconstituée au lieu-dit Croix Chevaux (commune de Châteauneuf-la-Forêt), accessible en visite libre. Le secteur de Sussac fut aussi important, avec par exemple le parachutage par les Anglais de 44 containers d'armes, trousses médicales et uniformes, le 14 juillet 1944.

Parmi leurs actions, les maquisards de Guingouin ont volé 1772 kg de dynamite à l'usine de Puy-les-Vignes (commune de Saint-Léonard-de-Noblat) la nuit du 25 janvier 1943, ou encore détruit une locomotive de tramway à Peyrat-le-Château le 20 juillet 1943 pour empêcher le ravitaillement et le déplacement des troupes allemandes.

Mais le moment-clef de leur Résistance fut la bataille du Mont Gargan : du 17 au 24 juillet 1944, juste après le débarquement des Alliés en Normandie, les maquisards affrontèrent les troupes allemandes remontant vers le front normand. L'objectif était de les ralentir. Malgré des pertes importantes, leur mission fut accomplie. Une stèle commémorative, placée au sommet du Mont Gargan, rappelle cette bataille décisive. D'autres stèles, disposées sur les lieux d'événements de Résistance de ce vaste secteur, font aussi écho à cette mémoire encore très vive, portée aujourd'hui par :

  • Michèle Guingouin, fille du Colonel, qui organise chaque été des randonnées guidées autour du Mont Gargan, sur les traces de son père et des maquisards (renseignements auprès de l'Office de Tourisme Briance-Combade : 05 55 69 63 69) ;
  • Le Musée de la Résistance de Peyrat-le-Château, constitué de collections privées racontant l'histoire des maquisards de Guingouin ;
  • L'ANACR 87, dont 3 comités locaux se trouvent sur le Pays Monts et Barrages (Châteauneuf-la-Forêt, Eymoutiers et Saint-Léonard-de-Noblat).